Sauvegarder ses rushes : la règle des trois copies

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Perdre les rushes d’un tournage documentaire reste l’une des catastrophes les plus évitables du métier, et pourtant elle arrive encore, presque toujours pour la même raison : un seul exemplaire du tournage, sur un seul support, resté au même endroit du premier jour de tournage jusqu’au montage. J’ai vu des semaines entières de terrain disparaître avec un disque tombé d’une table, et jamais pour une raison exotique : toujours la même négligence, celle de croire qu’une seule copie suffira bien jusqu’au retour du tournage.

La règle 3-2-1, expliquée simplement

La règle 3-2-1, popularisée dans le monde de l’informatique bien avant d’arriver sur les tournages, tient en une phrase : trois copies des mêmes données, sur deux supports différents, dont une copie hors site. Appliquée à un tournage documentaire, elle donne : la carte mémoire d’origine, un premier disque de sauvegarde sur le terrain, et une copie envoyée ou rapportée ailleurs que sur le lieu de tournage. Trois copies, jamais deux, parce qu’un support qui tombe en panne pendant que l’autre est en train de copier laisse une équipe sans aucune sécurité. Deux supports différents, au sens strict, signifie aussi ne pas se contenter de deux disques de la même référence achetés le même jour : une panne de fabrication touche parfois un lot entier, ce qui annule tout l’intérêt de la duplication.

Le disque externe ne suffit jamais seul

Un disque externe unique donne un faux sentiment de sécurité : il peut tomber, être volé avec le sac qui le contient, ou simplement rendre l’âme sans prévenir après une chute mal absorbée pendant un déplacement. Dupliquer les rushes sur deux disques distincts, achetés si possible de marques ou de lots différents pour éviter une panne de série identique, coûte largement moins cher qu’un jour de tournage refait faute de rushes exploitables, sans compter qu’un repérage ou un personnage disponible une seule fois ne se retourne tout simplement pas une seconde fois.

La copie hors site, l’assurance contre le pire

La copie hors site protège contre ce qu’aucune duplication locale ne couvre : un vol de véhicule, un incendie, une inondation qui touche à la fois le disque principal et sa sauvegarde restés dans le même sac ou la même pièce. L’agence nationale de la sécurité des systèmes d’information recommande d’ailleurs cette même logique de duplication à distance pour toute donnée qu’on ne peut pas se permettre de perdre. Confier une copie à quelqu’un resté à la base, l’envoyer par liaison internet quand le débit le permet, ou simplement la déposer dans un lieu physiquement distinct du tournage suffit à répondre à cette exigence, sans matériel sophistiqué.

La somme de contrôle, vérifier plutôt qu’espérer

Copier des fichiers ne garantit pas qu’ils soient arrivés intacts : une coupure de courant, un câble défectueux ou une carte mémoire vieillissante peuvent corrompre silencieusement une partie des données pendant le transfert. La somme de contrôle calcule une empreinte numérique du fichier avant et après la copie ; si les deux empreintes correspondent, le fichier est arrivé intact. De nombreux logiciels de transfert utilisés en tournage l’intègrent automatiquement, mais encore faut-il vérifier que l’option est activée avant de reformater une carte mémoire.

La carte mémoire qu’on ne touche pas sur le tournage

La règle la plus simple à énoncer reste la plus souvent transgressée sous la pression d’un tournage qui manque de cartes : ne jamais effacer une carte mémoire avant d’avoir vérifié que ses trois copies existent bel et bien et sont lisibles, pas seulement copiées. Sur un tournage au long cours, mieux vaut investir dans quelques cartes supplémentaires que de céder à la tentation de libérer de l’espace en effaçant une carte dont la copie de sauvegarde n’a pas encore été contrôlée à l’écran. Cette vérification à l’écran, plan par plan ou par sondage sur les fichiers les plus longs, prend quelques minutes de plus mais élimine le risque d’un transfert silencieusement incomplet.

Ces réflexes prennent quelques minutes chaque soir de tournage, souvent au moment où l’équipe est la plus fatiguée et la moins encline à s’y astreindre. C’est précisément pour cette raison qu’ils doivent devenir un automatisme non négociable, au même titre que la nomenclature des fichiers qui facilitera ensuite tout le travail de montage et de livraison du film.


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