Peu de pays offrent, sur un territoire finalement assez compact, une telle diversité de lieux à filmer. Le Sénégal fait partie de ces destinations que je recommande souvent aux auteurs qui préparent un premier documentaire en Afrique de l’Ouest, tant les possibilités de tournage y sont variées.
Dakar, une capitale qui ne se filme jamais de la même façon
Dakar concentre à elle seule plusieurs villes en une. Le quartier du Plateau, avec son architecture coloniale et ses administrations, contraste fortement avec l’effervescence du marché Sandaga ou de la Médina. La Corniche, qui longe l’océan sur plusieurs kilomètres, offre des lumières changeantes selon l’heure, particulièrement recherchées en fin de journée pour les plans en extérieur. La Grande Mosquée de Dakar et la statue de la Renaissance africaine, visible depuis une grande partie de la ville, sont devenues des repères visuels immédiatement identifiables pour qui connaît la capitale sénégalaise.
Dakar est aussi, et c’est un point important pour un documentariste, une ville où l’accès aux autorisations de tournage suit des circuits assez bien identifiés, ce qui facilite la préparation d’un projet par rapport à des lieux moins habitués à recevoir des équipes de tournage.
Gorée, un lieu de mémoire à filmer avec justesse
À une vingtaine de minutes en bateau du port de Dakar, l’île de Gorée est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO pour son rôle dans l’histoire de la traite négrière. La Maison des Esclaves et sa célèbre « porte du voyage sans retour » en font un lieu chargé, que de nombreux documentaristes ont choisi de filmer, en France comme au Sénégal. Tourner à Gorée demande une attention particulière : c’est un lieu de mémoire vivant, visité chaque année par des descendants de la diaspora venus se recueillir, et pas seulement un décor pittoresque aux ruelles colorées.
Saint-Louis, ancienne capitale entre fleuve et océan
Saint-Louis, à quelques heures de route au nord de Dakar, ancienne capitale de l’Afrique-Occidentale française, est elle aussi classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. Son île historique, ses façades colorées et son célèbre pont Faidherbe qui enjambe le fleuve Sénégal en font un terrain de tournage particulièrement photogénique. La ville vit aussi au rythme de la pêche, avec le quartier de Guet Ndar et ses pirogues multicolores qui rentrent chaque jour chargées de poissons : une scène de vie qui parle d’elle-même à l’image, sans avoir besoin de commentaire.
La Casamance, une autre géographie du Sénégal
Au sud du pays, séparée du reste du territoire par la Gambie, la Casamance propose un paysage radicalement différent : mangroves, bolongs, rizières et une végétation bien plus dense que dans le nord sahélien du pays. C’est aussi une région marquée par les traditions du peuple diola, avec des pratiques et des cases à impluvium qui ne se retrouvent nulle part ailleurs dans le pays. Pour un documentaire qui cherche à montrer la diversité du Sénégal au-delà de l’image souvent réduite à Dakar, la Casamance est un passage presque obligé.
Le Sine-Saloum, entre deltas et villages de pêcheurs
Entre Dakar et la Casamance, le delta du Sine-Saloum forme un autre paysage à part, fait de bras de mer, de mangroves et d’îlots où se sont installés des villages de pêcheurs vivant au rythme des marées. Moins connu que Gorée ou la Casamance, ce territoire offre des images encore peu vues, avec une vie quotidienne très liée à la pirogue et à la cueillette des huîtres sur les racines de palétuviers. Pour un documentaire qui cherche à sortir des sentiers déjà beaucoup filmés, le Sine-Saloum reste une option à considérer sérieusement lors du repérage.
Ousmane Sembène, une référence incontournable
Aucun documentaire tourné au Sénégal ne peut vraiment s’affranchir de l’héritage d’Ousmane Sembène, considéré comme le père du cinéma sénégalais et, plus largement, comme l’une des figures fondatrices du cinéma africain. Ses films, souvent tournés dans les rues de Dakar et dans des villages du pays, ont posé les bases d’un regard africain porté sur l’Afrique, à une époque où les images du continent venaient presque exclusivement de l’extérieur. Se plonger dans son œuvre avant de partir en repérage au Sénégal donne une grille de lecture précieuse sur la manière de filmer ce pays sans céder aux clichés touristiques.
Le cinéma sénégalais dans son ensemble reste l’un des plus reconnus d’Afrique de l’Ouest, avec une génération de réalisateurs qui a pris le relais de Sembène tout en explorant de nouvelles formes narratives. Pour un documentariste étranger, se renseigner sur cette production locale avant de tourner est une marque de respect autant qu’une source d’inspiration concrète.
Avant de partir, pensez aussi aux questions pratiques propres à tout tournage à l’étranger, des autorisations de tournage jusqu’au transport du matériel : elles se préparent en amont, jamais une fois sur place. Pour situer historiquement le pays et ses institutions culturelles, l’article que Wikipédia consacre au Sénégal reste une bonne porte d’entrée avant un premier repérage.







